Inspiration d’Afrique

 

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Mobilisation du Congo Belge – dossier du CRAOCA

 

 

Extrait du Bulletin trimestriel du CRAOCA, mars 2004, n°1, page 42-51

 

Nous (le CRAOCA) poursuivons la publication des mémoires du Colonel BEM Norbert Cools, intitulées « De l’Afrique à la Corée ».  En raison des réserves que nous avons exprimées en tête de la 1ère partie de ces mémoires, nous n’en publions que des extraits :

 

 

Notre commande de matériel de un milliard sept cents millions, d’abord retenue au Gouvernement Général par suite des événements, fut envoyée à M.Theunis, ancien ministre, délégué belge aux Etats-Unis.

 

Notre naïve demande de matériel spécial décomposable fit rire les Américains mais M. Theunis modifia lui-même nos états et proposa la fourniture de matériel standard.

 

Malheureusement l’Amérique n’avait pas encore transformé son industrie de paix en fabriques d’armements et l’approvisionnement des troupes britanniques était autrement urgent que le nôtre.

 

Le Gouverneur Général du Soudan Méridional, M.PARR, demanda qu’un ou deus pelotons de la Force Publique puissent être mis à sa disposition pour la garde de l’aérodrome de Juba.  Le Gouvernement Général ne répondit même pas !

 

Le commandant des Troupes du Soudan se trouvait dans une situation embarrassante par suite du manque de chauffeurs destinés à conduire ses camions de ravitaillement.

 

Il pria la Gouverneur Général de lui céder un peloton de chauffeurs. M.Ryskmans lui promit de mettre la question à l’étude.

 

Ne recevant pas d’autre réponse, le gouverneur anglais dépêcha à Léopoldville le colonel Grogan pour traiter la question.

 

Un peloton fut aussitôt créé au camp militaire de la Capitale, mais, comme on ne lui donna jamais ni un véhicule ni un instructeur, il passe le temps à assurer le nettoyage des abords du camp.

 

Au bout de deux mois, le Colonel Grogan désabusé s’en retourna au Soudan, où, de même qu’au Kenya et en Uganda une violente campagne de presse se déclencha contre le Congo et ses dirigeants.

 

Quelques jours après le départ du Colonel Grogan, Londres nous envoya la mission du Colonel Mac Kenzie.

 

Celui-ci était chargé d’amener la Force Publique dans une opération de grande envergure contre les Italiens d’Ethiopie projetée par les hauts commandements Britannique et Sud-Africain.

 

Vu la mentalité qui régnait à la Colonie, il ne se dissimulait nullement la délicatesse et les difficultés de sa mission.

 

Sa tâche fut grandement facilitée par le Consul Général de Grande-Bretagne, M.Join, qui organisa des réunions où étaient invités les Colonels Gilliaert et Mac Kenzie et moi-même.

 

Il fallut faire de nouvelles commands à passer au Anglais cette fois.  Ces commandes furent du reste aussi grandioses que peu honorées !

Le Colonel britannique se butait continuellement aux slogans

« Nous ne sommes pas en guerre avec l’Italie »

« Il faut que l’armement nous arrive avant de mobiliser »

 

Et pourtant avec une remarquable opiniâtreté, il continuait ses efforts sans marquer de lassitude et sans se départir de son flegme.

 

Le Consul se multipliait tant et plus et adressait télégrammes sur télégrammes au War Office.

 

Finalement, comme les militaires britanniques n’aiment pas l’intrusion de civils dans leurs affaires, le Foreign Office invita le pauvre M.Join à aller exercer son activité dans un pays non belligérant !

 

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Jusqu’en 1939 l’économie du Congo était totalement dirigée vers l’Europe occidentale.

 

Le principal client importateur et exportateur était bien entendu la Belgique puis venaient dans l’ordre l’Allemagne, la Hollande, la France, le grand Duché de Luxembourg

 

Les autres pays ne constituaient qu’un appoint.

 

Dès la déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne, le Congo perdit un excellent client en l’Allemagne et subit une crise importante ; les marchandises ne tardèrent pas à s’accumuler sur les quais et dans les entrepôts de Léopoldville et de Matadi et à partir des mois de mai et juin lorsque la Belgique, la Hollande, le Grand Duché et les deux tiers de la France tombèrent aux mains de l’ennemi et que la zone vychiste fut théoriquement interdite, l’économie de la colonie, tomba pratiquement à zéro

 

Il est facile de déclarer que les circonstances aidèrent le Congo à trouver de nouveaux débouchés et à se faire de nouveaux clients ; les irresponsables considérèrent  comme naturel la conclusion de nouveaux marchés avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud, l’Argentine…

 

L’homme de la rue ne s’aperçut même pas de la disparition des stocks innombrables empilés dans nos ports, chargés vers d’autres pays et bien peu de monde s’inquiéta de la façon avec laquelle ce miracle s’était accompli.

 

Deux hommes furent admirables en cette occurrence. M. Ryckmans, Gouverneur Général et M. Yvan de Thibaut, Directeur Général des Affaires Economiques, noyé stupidement en 1955 sur une plage sud-américaine.

 

Malgré les erreurs commises, car il y en eut, mais qui n’en aurait pas fait en pareille conjoncture, et malgré l’attitude trouble du Gouverneur Général en matière politique et militaire, il faut leur rendre hommage d’avoir pu, en un temps record, rétablir une économie effondrée et rendre à la Colonie une prospérité inouïe. S’il est exact que les Alliés et l’Amérique étaient devenus friands de matières premières pour l’alimentation de leurs industries de guerre, il n’en reste pas moins vrai que deux hommes, par leur labeur acharné et leur sens de l’opportunité, ont permis de répondre à toutes les demandes et même d’offrir et presque d’imposer les richesses du Congo.

 

Comme remerciements, M. Ryckmans, dès la guerre finie, fut relevé de ses fonctions et on le pria de vérifier le bien fondé des revendications des Papous et des Polynésiens enclins à exiger le droit de pouvoir se gouverner eux-mêmes.

 

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Un jour d’automne 1940, le Cmdt en chef trouva une activité nouvelle pour son Etat-Major, cependant terriblement surchargé. Il s’agissait d’adapter pour la Colonie les deux règlements « Infanterie au Combat » et « Service en campagne ».

 

Le Colonel créa une commission dont il prit la présidence et composée des quatre brevetés de l’Etat-Major, de l’Adjudant-Major du 2ème groupement et du Cmdt du bataillon d’infanterie de Léopoldville.

 

Le Colonel lisait un article du règlement, donnait son avis et repoussait instantanément toute objection ou suggestion d’un membre de la commission.

 

Il me paraissait paradoxal et périmé de faire mouvoir en Afrique, où les étendues sont immenses, des troupes à pied à la vitesse de 3 km à l’heure ; j’avais, ainsi que mes adjoints,  des conceptions plus modernes et surtout plus rapides.

 

Aussi dès le deuxième jour (ces séances mortellement ennuyeuses duraient de 14 à 19 heures par une chaleur abominable) j’étais fixé sur mon inutilité complète et, prétextant le travail considérable qui s’amoncelait sur mon bureau, je me retirai de la commission.

 

Les Cmdts BEM Janssens et Van Inthout firent de même le lendemain et la commission se réduisit au Colonel qui parlait et à trois auditeurs silencieux et approbateurs.

 

Le règlement diffusé, le Colonel Mauroy refusa sans aucune ambiguïté de le mettre en application.

 

Le Cmdt en Chef avait pour ces règlement mal faits et dépassé depuis longtemps par les évènements, un amour de mère compatissante pour un rejeton nabot ; il se rendit à Stanleyville et l’entrevue avec le Cmdt du 3ème groupement fut d’une violence extrême. En rentrant à Léopoldville, il ne me fit aucune relation de son voyage et prononça ces seuls mots : « Je le casserai ».

 

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L’événement tant attendu et tant espéré, la mobilisation, fut déclenché par la maladresse des Italiens.

 

Es septembre 1940, sortant d’Abyssinie, ils foncèrent vers le Sud-Est et s’emparèrent de Wagir, petite localité située à environ 80 km de la frontière et détendue par un peloton de « Rifles » ; celui-ci retraita précipitamment pour éviter l’encerclement par des troupes de dix à quinze fois plus nombreuses.

 

Les Italiens hâbleurs et inconséquents transformèrent ce menu incident en une grand victoire mais le Colonel Mac Kenzie en profita habilement pour présenter la situation au gouverneur Général, comme catastrophique et il parvint à lui arracher la promesse de mobiliser la Force Publique.

 

Le lendemain, le Cmdt en Chef fut convoqué et il reçut l’ordre si désiré. Prévenus de la démarche de l’officier britannique, nous attendions le retour du Colonel avec la plus grande impatience et nous ne pûmes cacher notre joie quand il nous annonça avec son air éternellement réjoui : « Cette fois, ça y est, nous mobilisons ».  A l’entendre, on aurait pu croire que c’était son plus cher désir et l’aboutissement de ses longs et patients efforts.

 

Immédiatement l’Etat-Major fut en effervescence. Je bondis dans mon bureau, rédigeais le télégramme destiné aux trois Cmdts de groupements devenus ipso-facto Cmdts de brigades et contenant un unique mot-code et allais le porter à la signature.

 

« Non, non !   me dit le Colonel Gilliaert, je ne veux pas de désordre, ni d’embouteillage ; en Belgique on mobilise par phases, eh bien nous allons faire la mobilisation par phases également ».

 

-« Mais, mon Colonel, le programme de mobilisation ne prévoit pas de phases !  Il n’y a qu’à envoyer ce télégramme et tout se déclenchera automatiquement ». :

 

-« Non. Je veux des phases ».

 

-« Vous rendez-vous compte qu’il n’y a que huit mille réservistes pour un pays d’une superficie quatre-vingts fois plus grand que la Belgique. »

 

-« Je veux une mobilisation par phases car je ne veux pas de désordre ».

 

Cette fois j’étais sidéré !  Ainsi donc, j’avais travaillé pendant quatre ans pour préparer cette mobilisation qui était mon œuvre intégrale, mon enfant chéri et au moment de la mettre en exécution, elle était remplacée par une autre sans la moindre préparation.

 

Meurtri jusqu’au fond de l’âme, je rentrai dans mon bureau et abdiquant toute pudeur, je sanglotai convulsivement devant mon personnel désolé.

 

Puis comme d’habitude j’en appelai à mes brevetés.

 

A quatre nous retournâmes chez le Colonel, nous le suppliâmes de changer d’avis et pendant deux heures nous allâmes de la supplication à la menace.

 

A bout de forces, de chagrin et de rancœur devant cet homme symbole de l’incompréhension et de l’obstination, je lâchai : « Choisissez un autre chef d’Etat-Major, moi j’en ai assez et je rentrai chez moi ».

 

Pendant le restant de la journée, ma maison ne désemplit pas d’Officiers d’Etats-Major et de troupes vinrent me trouver pour m’empêcher d’abandonner mon poste de Chef d’Etat-Major mais ce fut ma femme qui trouva les accents justes pour me faire reprendre place dans mon fauteuil, le lendemain matin.

 

A mon arrivée, le Colonel m’aborda comme si rien ne s’était passé puis me présenta ses « phases ». C’était une monstruosité !

 

-« Si vous, voulez faire une mobilisation par phases, vous devez d’ »abord mobiliser les services et les mettre en place ! …Les mobiliser à la phase finale, c’est faire crever vos troupes de faim et de maladie ».

 

Sa décision fut immuable et l’ordre relatif à la mobilisation de la première phase fut lancé télégraphiquement.

 

Le résultat fut ahurissant !

 

D’abord, surprise complète parmi les exécutants ; ensuite d’innombrables erreurs de la part des administrateurs territoriaux, obligés de faire de nombreuses discriminations parmi les listes mises à leur disposition.

 

Les rappelés étaient convoqués par messagers, ceux-ci devaient accomplir un périple déterminé par les instructions ; si certains villages étaient facilement accessibles, d’autres ne pouvaient être atteints qu’après une marche à pied de plusieurs dizaines de kilomètres voire même, de cent à deux cents kilomètres.

 

Un grand nombre de réservistes se crurent oubliés et , utilisant tous les moyens de transport disponibles, rejoignirent soit leur unité d’origine, soit l’unité la plus proche. Artilleurs, soldats et gradés, du génie, cyclistes, gradés comptables et autres spécialiste furent incorporés dans certaines compagnies en service territorial ;  on ne les retrouva jamais tandis que les unités techniques restaient squelettiques, manquant de cadres et d’effectifs.

 

La plupart des messagers n’étaient pas encore rentrés au chef-lieu de territoire lorsque la deuxième phase fut déclenchées. Certains d’entre eux remettaient ou plutôt essayaient de remettre les ordres de rappel de la deuxième phase lorsque la quatrième fut lancée.

 

A ce moment les administrateurs et agents territoriaux frisaient la folie et se répandaient en injures contre ces « idiots de l’Etats-Major », tandis que les commandant de bataillons en service territorial responsables de la mobilisation de leur province avaient perdu tout contrôle de leurs réservistes.

 

J’avais espéré une mobilisation sans aléas, elle sombrait dans un affreux et grotesque désordre ; le cadre de la Force Publique, sachant que j’étais l’unique artisan de la mobilisation me crut subitement devenu fou et m’accusa d’être le promoteur de ce qui fut appelé la « loi des phases ».

 

J’avais essayé d’obtenir la réunion des bataillons VII à XII, formés par les compagnies de marche des chefs-lieux de districts mais là aussi je me butai à une barrière infranchissable.

 

Comme les gardes territoriaux volontaires avaient été rappelés, les administrateurs disposaient à présent de deux détachements d’égale force.

Il eut été logique de réunir les détachements de militaires pour former les bataillons XIII à XVIII mais ici encore mes demandes furent repoussées avec force.

 

Le Colonel BEM Mauroy seul se passait des ordres du Cmdt en Chef, organisait sa brigade et commençait à l’avoir bien en main.

 

Le droit de réquisition avait été ouvert, les camions étaient de marques différentes et comme il n’existait ni pièces de rechange, ni ateliers de réparations, les cimetières de véhicules devinrent rapidement impressionnants.

 

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Le Cmdt en Chef nous réserva bientôt une nouvelle surprise appelés par tous « Loi du pote-pote (désordre) ».

 

Il m’appela à son bureau et me communiqua sa décision de ne plus suivre les prescriptions du dossier de mobilisation.

 

Au lieu d’avoir dans un bataillon deux compagnies actives et une compagnie de réservistes (ceux-ci avaient fait 7 ou 5 ans de service), il prévoyait la dissociation des unités et même des pelotons de façon à mêler intimement les rappelés avec les militaires de l’active.

 

C’était la rupture des liens organiques et de la cohésion des unités.

 

J’eux beau invoquer les prescriptions du règlement « Infanterie au combat » et les directives que lui-même avait données quelques mois auparavant, je me heurtai, comme toujours, à une décision intransigeante.

 

Et ce fut le processus habituel : appel au secours de mes brevetés ; discussions violentes, paroles amères et désabusées et finalement repli devant cette position inexpugnable.

 

Lorsque l’ordre arriva dans les unités, la plupart des officiers refusèrent de l’exécuter et l’Etat-Major fut dès lors considéré comme une bande d’incapables, dépassés par les évènements.

 

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Le 15 novembre, dans toutes les garnisons, des banquets furent organisés à l’occasion de l’anniversaire du Roi.

 

A Watsa, une quarantaine d’officiers se réunirent et les propos concernant le Gouverneur Général et le Comdt en Chef devinrent bientôt d’une violence inouïe.

 

Les termes d’un télégramme à envoyer au Gouverneur Général furent longtemps discutés et si le promoteur du texte ne fut pas le Colonel Mauroy, il reçut tout au moins son approbation. Il portait en substance :

 

Officiers supérieurs et subalternes réunis pour le banquet organisé en l’honneur de l’anniversaire de Sa Majesté le Roi, demandent au Gouverneur Général de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour participer à la lutte aux côtés des Alliés, sinon il est probable que la Belgique perdra le Congo après la guerre. Stop. Attendons une réponse !

 

Ce message fit l’effet d’une bombe à Léopoldville ; comme il n’avait pas été envoyé par la voie hiérarchique et que la dernière phrase paraissait être un ultimatum, le gouverneur Général s’émut, d’autant plus que les rapports du Gouverneur de Province Maquet dépeignaient d’une façon tragique la mentalité des officiers dans les garnisons de sa province et relataient les violents écarts de langage du Colonel Mauroy.

 

On parlait de coup d’état, de putsch, de scission entre la 3ème Brigade et le restant de la Force Publique et le Colonel Mac Kenzie n’était pas le moins inquiet car si pareil événement se produisait, c’était l’écroulement de tous ses efforts !

 

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Pendant la journée du 16 novembre, on vit une agitation anormale au cabinet du Gouverneur Général où le Cmdt en Chef fut appelé plusieurs fois ; il observa un silence complet à notre égard mais comme j’étais avec le Cmdt Janssens, le seul à  posséder certains codes secrets, je fus tout de suite mis au courant de la situation.

 

A midi, après l’émission régulière de Radio-Léo, j’omis de fermer mon poste récepteur et ma stupéfaction fut grande d’entendre sur cette longueur d’onde une conversation entre Messieurs Ryckmans et Maquet ; celui-ci affolé appelait réellement au secours.

 

Malgré mon aversion profonde pour le Colonel BEM Gillaert et ma réelle sympathie pour le Chef de la 3ème Brigade, j’estimais ne pas pouvoir hésiter. Ce n’était pas le moment de jeter la confusion dans l’armée et sans connaître exactement le degré de gravité des évènements de Stanleyville, je pris le parti de la légalité, décidé à mettre tout en œuvre pour maintenir l’unité de la Force Publique.

 

La violence des propos tenus par le Colonel Mauroy lui fit beaucoup de tort malgré ses dénégations ultérieures, il est probable qu’il a déclaré :

 

Si Gillaert vient à Stan, je le renverrai à Léo par avion, ficelé comme un saucisson.  Je me fiche des ordres de Léo, je mets ma brigade aux ordres des Anglais et je ferai la guerre malgré les pontifes de Kalina ; etc….

 

Par la suite, certains civils furent interrogés mais aucune instruction ne fut ouverte. Y a-t-il eu des apprêts pour former un gouvernement provisoire dirigé par un avocat et chargé de renverser le gouverneur Maquet ?  Y a-t-il eu des tractations entre le Colonel Mauroy et le Cpt Bedell-Smith, membre de la commission Mac Kenzie, installé à Stanleyville et enclin à jouer son jeu propre sans s’inquiéter des intentions de son chef direct ?

 

Tout cela est possible mais non certain ;  il est cependant avéré que devant des whiskies, les langues ont marché sans la moindre modération ; beaucoup de gens s’en sont affolés !

 

Le 16 vers minuit, de violents coups furent frappés à ma porte ; le Cmdt en Chef me priait de passer chez lui immédiatement.

 

J’enfilai un imperméable sur mon pyjama ; quelques minutes après, le Colonel Mac Kenzie arriva et pendant plus d’une heure nous discutâmes sur les mesures à prendre pour mater la sédition.

 

Le Colonel me demanda un adjoint ;  je désignai le Cmdt Van Inthout malgré ses sentiment « pro-Mauroy ».

 

L’ayant convoqué, je le pris à part et lui remis deux revolvers chargés :

 

« Jure-moi sur ton honneur d’officier que si Gilliaert est en danger, tu abattras immédiatement : Mauroy ».

 

Il hésita un instant puis me répondit : « Je le jure ».

 

Il était 4 heures du matin, à 6 heures les trois officiers s’envolaient par avion spécial pour Stanleyville.

 

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Quand j’arrivai à l’Etat-Major, à 7 heures, une lettre émanant du Cmdt Janssens se trouvait sur mon bureau :

 

« Au Cmdt en Chef – j’ai l’honneur de vous demander une mutation immédiate, ne désirant plus servir sous les ordres d’un chef tel que vous. »

 

Or, j’avais passé toute la soirée et la dernière partie de la nuit à essayer de trouver la clef de certains télégrammes mystérieux et l’ayant trouvée j’avais déchiffré des félicitations et des encouragement du Cmdt Janssens au Colonel Mauroy.

 

Faisant fi de mes propres sentiments et décidé à soutenir le Gouvernement Général jusqu’au bout, j’infligeai 4 jours d’arrêts pour grossièreté au Cmdt BEM Janssens.

 

-« Je fais droit à votre demande de mutation et je vous désigne pour Albertville, lui dis-je, Vous n’avez plus à paraître  à l’Etat-Major. Restez chez vous jusqu’au premier courrier.  J’ai du reste ici la traduction des télégrammes que vous avez envoyés hier et je sais à quoi m’en tenir sur votre compte. »

 

J’avais dévoilé trop tôt mes batteries ; à partir de ce moment le Cmdt Janssens télégraphia à Van Inthout en prenant Elisabethville pour relais, ligne sur laquelle je n’exerçais aucune surveillance.

 

Le Cmdt Van Inthout eut vite fait de présenter la situation sous un faux jour et de circonvenir le Colonel en faveur du Cmdt Janssens.

 

Le Cmdt Delvaux, Chef du service cartographique militaire, m’exprima le désir de faire mutation en termes polis et circonspects. Je lui ordonnai de rester chez lui jusqu’à nouvel ordre.

 

Sans nouvelles de Stanleyville, avec Janssens et Delvaux qui, ouvertement refusaient de prester encore leurs services au Cmdt en Chef, avec Van Inthout dont l’attitude trouble suscitait ma méfiance, avec la preuve en main que de nombreux officiers se mettaient à la disposition du Colonel Mauroy, je crus la Force Publique perdue !

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A l’arrivée à Stanleyville, le Colonel Mac Kenzie descendit le premier de l’avion et rien ne se produisit.

 

Le Cmdt en chef et le Cmdt de la 3ème Brigade eurent un entretien orageux comme d’habitude mais sans autres conséquences.

 

Le lendemain une rumeur parcourut la ville :

 

« Le colonel Mauroy est arrêté et une perquisition est effectuée chez lui ».

 

 Il n’en était rien, mais le Cmdt Met Den Anext, adjudant-major de la Brigade, rendu tristement célèbre par la gifle (*)  inutile qu’il donna à l’Ambassadeur d’Allemagne, après la guerre 14-18, fut convaincu de la véracité de ce faux-bruit, courut au camp militaire et prit le commandement de deux compagnies d’infanterie, fermement décidé à délivrer son chef, par la force s’il le fallait.

 

Eclaircissement de la part du fils du Commandant MET DEN ANCXT. Au sujet de la « gifle » :

(*) La gifle en question ne présente aucun rapport avec les événements de Stanleyville,elle eut  mérité sans doute une nouvelle explication. Mon père fut un héro de la guerre 14-18, engagé volontaire à l'age de 17 ans. Il fut cité à l'ordre du jour de l'armée et  titulaire de nombreuses décorations. Peu après l'armistice un diplomate (sans doute pas un ambassadeur) fut nommé à Bruxelles tandis que des militaires Belges étaient en occupation en Allemagne.
Il y eut parmi ces militaires des victimes.
Devant le manque de protestation des autorités Belges, quelques jeunes officiers décidèrent de bousculer quelque peu ce diplomate. On peut comprendre l'exaspération de ces militaires.
Il y eut procès, condamnation (de principe) et manifestation de soutien à la sortie du palais de justice.
Quant à l'attitude de mon père en 39-45, elle mériterait plus ample relation.
Avec mes cordiales salutations,

Christian MET DEN ANCXT

 

Le Colonel Mauroy rencontra la colonne et lui donna ordre de rejoindre ses quartiers.

 

Par contre, le Colonel Gilliaert crut que la sédition avait éclaté, mit Stanleyville en état de siège en faisant appel à des troupes « fidèles » et fit placer des mitrailleuses et des armes automatiques à tous les carrefours quelque peu importants.

 

A cela se résuma le « putsch de Stanleyville »

 

Le 19 au matin, le Cmdt en Chef commença son enquête et malgré son antagonisme personnel pour l’inculpé, il allait conclure à un non-lieu lorsque des directives très précises lui parvinrent du Gouverneur Général. Il n’était plus question disaient-elles de maintenir le Colonel Mauroy dans un commandement mais bien de s’en débarrasser le plus vite possible.

 

D’abord mis aux arrêts provisoires sans accès, il reçut trente jours d’arrêts sans accès avec le placement d’une sentinelle armée à sa porte « pour avoir envoyé un télégramme injurieux au Gouverneur Général et avoir, par ses paroles et son maintien, compromis la sécurité de la Colonie ».

 

Les aventures du Colonel BEM Mauroy dépassent le cadre de ce récit ; pourtant je crois intéressant d’en donner un bref résumé.

 

Le 7 décembre cet officier supérieur vit ses arrêts sans accès transformés en détention, le 16 il fut embarqués dans un avion en partance pour Léopoldville où il resta jusqu’au 6 février.

 

Seul de tous les officiers, je reçus mon ancien chef avec les mêmes sentiments que ceux que j’éprouvais lors de son départ un an plus tôt.

 

Pendant cette période, il reçut notification de sa mise en disponibilité par mesure disciplinaire puis de sa mise à la disposition du Ministre de la Défense Nationale avec le grade de Major et à demi-traitement, comme élément non indispensable à l’effort de guerre de la Colonie.

 

Les commandants de place des garnisons de Banningville, Luluabourg et Elisabethville furent prévenu que toute communication entre le Colonel Mauroy, les officiers, sous-officiers et les résidents de ces localités étaient interdites.

 

Le 6 février, le Colonel s’embarqua sur un vieux cargo à Cape-Town, de là il parti en convoi (qui fut attaqué 3 fois par des flottilles de sous-marins) pour le Canada puis pour Glascow où il arriva après 113 jours de navigation.

 

Désigné pour un bureau de recrutement où il n’avait rien à faire et actionné par cette boulimie de vouloir combattre coûte que coûte, il sollicita de pouvoir entrer dans les Forces Françaises Libres dans lesquelles il fut admis en novembre 1942.

 

Le « commandant » Mauroy reçut le poste de Chef d’Etat-Major de la 4ème Brigade sénégalienne en Egypte puis passa successivement à l’Etat-Major de la 19ème Division, dans un centre d’instruction en Tripolitaine et enfin à Alger dans un service dépendant du 2ème bureau.

 

Ne parvenant pas à se faire admettre dans une unité combattante, il demanda et obtint son renvoi à Londres au début de 1944 où il resta sans fonction bien définie.

 

Après le débarquement, il décrocha enfin le commandement du 1er Bataillon de Fusiliers avec lequel il fit la campagne de Hollande.

 

A la fin de la guerre il devint attaché au cabinet du Ministre de la Défense Nationale et quelques mois plus tard attaché militaire à Prague.

 

Là, son activité toujours débordante ne plut guère au Gouvernement de Tchécoslovaquie qui l’expulsa.

 

Il fut pensionné comme Général-Major de réserve.

 

 

 

 

 

 

 

Yetti, J & J

Création septembre 2006