Inspiration d’Afrique

 

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Asosa : l’attaque !

 

(Photo donnée par JP Debels)

 

Après une voyage de 220km à travers une plaine désertique dans laquelle émergent les silhouettes ogivales des huttes Chilouks blotties dans des enceintes de boue séchée, nous sommes arrivés en vue du massif abyssin.

Des mirages se présentent aux yeux par la chaleur. Au loin on croit voir de l’eau ou voir des vibrations au-dessus du sol.

 

(Photo donnée par JP Debels)

 

C’est à la nuit tombée, tous phares éteints, que nous débarquons à l’endroit où doivent être installés nos avant-postes. Nous nous débrouillons comme nous pouvons dans l’obscurité avec une désagréable impression d’isolement au pied de ces monts Kirin dont nous devinons la présence en même temps que celle d’observateur ennemis qui ne peuvent manquer de s’y trouver…

 

(durant la nuit, des bruits, un visiteur nocturne ? – puis le démarrage d’un feu de brousse au loin – et le déplacement de toute la troupe en attendant le jour)

Le mont Kirin (3000m) apparaît alors à la lueur du jour qui colore de mille tons les galeries forestières qui dévalent de ses flancs.

 

Les dernières pommes de terre sont mangées avec une antilope à l’aube.

 

 

 

(Photo donnée par JP Debels) : A Malakal, achat d’œuf à une femme indigène.

 

 

A la pyramide de pierre, c’est le passage de la frontière. C’est l’Ethiopie !  Et les déplacements en tant que fantassins pour approcher Asosa et gravir les pentes.

Les troupes seront assistées par Bimbashi Corfield qui va les guider avec l’aide de ses partisans arabes montés sur des chameaux. Ce personnage est une sorte de Lawrence d’Arabie et il a remué toute la région en bordure de la frontière, côté Abyssinie. Il est habillé en arabe et monte un cheval avec lequel il exécute de véritables voltiges, apparaissant brusquement dans un nuage de poussière et puis repartant presque aussitôt dans une savante volte-face.

 

(Photo donnée par JP Debels) : A Bellatoma, à la Jabus :

 

 

L’un après l’autre, les porteurs viennent prendre leurs charges, soit une caisse de cartouches, soit une caisse de biscuits, ou encore, un sac de 60 kg de riz qu’ils emportent à deux après l’avoir basculé au milieu d’un pieu et hissé à chaque bout sur leurs épaules. Pour cette nuit, chacun se reposera auprès de sa charge afin d’être prêt à partir demain au premier signal.

 

L’équipement de nos porteurs, prévu pour les pays chauds, est des plus sommaires : une vareuse en laine, une culotte de cotonnade bleue, une couverture qu’ils portent en bandoulière et c’est tout !  A la main, ils portent un petit sac à vivre contenant des arachides grillées ou quelqu’autres vivres de réserve, sans oublier la gourde réglementaire.

 

Le 9 mars à 6h de matin, notre bataillon se met en marche.

 

Nos porteurs, ralentis par leurs chargements, se font dépasser par des Arabes en burnous blancs qui suivent en désordre l’un ou l’autre cheik assis sur un âne ou sur un mulet. Tout ce monde s’intègre dans notre colonne avec une désinvolture amusante. La plupart sont armés de vieux fusils qui tiennent beaucoup plus du mousquet que de l’armement utilisé dans la guerre actuelle. Ils proviennent certainement des stocks utilisés par leurs pères au cour des campagnes anti-esclavagistes.

 

Les troupes gravissent la montagne toute la journée. Le bataillon grossi de la foule des patriotes et des porteurs et s’étire sur plusieurs kilomètres en s’accrochant au flanc de murailles surplombant des crevasses vertigineuses. Des burnous blancs arabes flottent au loin. Cette escalade est infernale et a quelque chose de dantesque.

 

Les soldats essoufflés, traînent la jambe mais ont toujours suivi malgré les lourdes charges pesant sur leurs épaules. Ces braves avançaient sur des plaques de roches parfois glissantes, au bord de précipices toujours plus vertigineux avec plus de 30 kg sur l’épaule. C’est au prix d’efforts inhumains que nous atteignons enfin la crête, à plus de 2000m d’altitude.

 

Avant Asosa, c’est la prise de Mégale où se déroulent les premiers tirs qui durent jusqu’au soir.

La nuit est froide et grelottant, chacun se serre contre les autres pour tenter de se réchauffer. A 3h du matin des tirs de mitrailleuses et puis plus rien.

 

Au matin la colonne se remets en marche, traverse des habitations. Un stock de munitions saute, une fusillade….en fait,….. les paysans sont venu acclamer les éclaireurs comme des libérateurs. On vit ensuite arriver une délégation de notables, l’un d’eux conduisant par la bride un cheval superbement harnaché.

Ce présent inattendu fut amené devant le commandant Janne qui, tout ébahi, se met malgré tout en devoir d’enfourcher  l’animal afin de ne pas décevoir les Ethiopiens.

 

Des tirs, des entrepôts qui brûlent…l’avance continue….et Asosa est trouvée abandonnées par les Italiens par une retraite précipitée durant la nuit.

 

Asosa nous est donc livré pratiquement sans combat mais au prix d’une manœuvre épuisante dont nos porteurs, en priorité, auront fait les frais !  Si les défenseurs se sont fiés aux renseignements fournis pas leurs guetteurs qui ont observé l’interminable file qui escaladait les flancs du Kirin, ils ont certainement pu croire qu’une brigade au moins leur arrivait dans le dos. La garnison d’Asosa s’est échappée de justesse devant l’étau qui se refermait sur elle et a fuit vers Adis Abeba.

 

En effet, nous sommes aujourd’hui le 13 mars et depuis 3 jours, sans cesse, nous voyons arriver des traînards, exténués !  Ces malheureux nous arrivent avec leur chargement, il faut le souligner. La plupart ont les pieds en sang et sont immédiatement dirigés vers l’hôpital. Et d’autres sont morts d’épuisement sans rien comprendre et sans savoir surtout qu’ils sont de tous, les plus purs héros de cette guerre.

 

La victoire d’Asosa est, avant tout, celle de nos humbles porteurs militaires sans l’aide de qui nous n’aurions jamais pu mener à bien une offensive qui a totalement surpris l’ennemi.

 

N.B. : La prise d’Asosa fut la seule opération où les porteurs militaires durent fournir de tels efforts physiques

 

 

(Photo donnée par JP Debels) : Après la prise d’Asosa, le 11 mars, on repart de la Jabus vers Gambella, par Malakal : 1300km dans le désert : en 4 jours de camion.

 

 

 

J.Junior

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Yetti, J & J

Création mai 2007